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Au Québec, l'entrée de la sexologie à l'université
coïncide avec la création de l'Université du
Québec à Montréal en 1969. Cette dernière
avait pour mission de jouer un rôle actif dans la modernisation
de la société québécoise. La modification
des valeurs et des pratiques sexuelles constituait des bouleversements
qui annonçaient l'avènement d'une société
nouvelle. La plupart des jeunes adultes, des années quarante
et cinquante ont été éduqués, par rapport
à la sexualité dans l'ignorance, le déni du
corps et la valorisation de la chasteté. Les jeunes des années
soixante cherchent de nouvelles structures de mariage fondées
sur les valeurs de développement, de satisfaction réciproque
et de plaisir partagé. Ils veulent une éducation sexuelle
moderne et scientifique qui les prépare mieux à une
vie conjugale épanouissante et autonome. Pour assurer le
succès de l'éducation sexuelle, il importait d'offrir
une formation adéquate aux futurs enseignants. L'UQAM a considéré
qu'il faisait partie de son mandat de s'occuper de la formation
de spécialistes pédagogues en sexologie, et ce, dans
le cadre de son programme de formation des maîtres.
En
septembre 1969, le module éducation-sexologie accueillait
une cinquantaine d'étudiants dans son nouveau programme.
Pour obtenir un baccalauréat spécialisé en
enseignement (sexologie), ils devaient suivre vingt cours de psychopédagogie
et dix cours de sexologie. L'originalité principale de ce
programme résidait dans le souci d'offrir une formation multidisciplinaire
par l'étude des dimensions biologiques, psychologiques et
sociologiques de la sexualité. Très rapidement, les
cours de sexologie ont augmenté pour atteindre le nombre
de vingt, ce qui a permis aux étudiants d'acquérir
toujours plus de connaissances sexologiques.
Dès
ses débuts, le programme de formation en sexologie visait
l'acquisition des savoirs théoriques et d'habiletés
professionnelles pour assumer le rôle de sexologue éducateur.
D'ailleurs des stages réalisés dans des écoles
permettaient aux étudiants de développer leurs compétences
d'intervenant. En plus des cours de biologie et de morale, ils pouvaient
intervenir dans le cadre du programme formation personnelle et sociale
qui contenait un volet éducation «à la sexualité».
Les demandes de services sexologiques dans les milieux sociaux et
de la santé ont amené les responsables du programme
insérer un autre stage dans le réseau des affaires
sociales et de la santé. Les interventions portaient surtout
sur la prévention des maladies transmises sexuellement et
des grossesses non désirés chez les jeunes pour s'étendre
à des clientèles de plus en plus variées (ex.:
les personnes en situation de mésadaptations ou d'handicaps)
et des problématiques de plus en plus complexes (ex.: les
abus sexuels). En 1978, deux profils distincts de formation, soit
l'éducation sexuelle en milieu scolaire et l'information
sexuelle dans les milieux des affaires sociales et de la santé,
ont été développés pour permettre aux
futurs sexologues éducateurs de développer une meilleure
connaissance des milieux avec lesquels ils étaient appelés
à intervenir. En 1994, le profil scolaire a été
retiré du programme parce que le Ministère de l'éducation
du Québec a décidé de ne plus accorder de permis
d'enseignement pour les matières qui ne sont pas autonomes,
entre autres le volet éducation à la sexualité.
Au
cours de ces trente trois ans d'existence, le programme de premier
cycle en sexologie a permis à plus de 1,500 étudiantes
et étudiants d'acquérir une expertise dans les domaines
de l'éducation et de la prévention en matière
de sexualité. On ne compte plus le nombre de personnes qui
ont bénéficié de leurs services. Au souci de
modernisation sexuelle de la société québécoise,
le programme offert par le programme de 1er cycle en sexologie de
l'UQAM constitue une réponse concrète et une contribution
originale.
Sans
recourir aux dimensions cliniques, ce qui n'est possible qu'à
la maîtrise, le programme professionnel terminal du premier
cycle en sexologie est à l'image autant des besoins permanents
de l'intervention en sexualité humaine que des conjoncturels.
Chaque science et chaque école de pensée majeure trouvent
sa place dans cette formation interdisciplinaire (certains diront
multidisciplinaire) afin que la sexologue ou le sexologue bénéficie
des meilleurs acquis de la connaissance humaine.
Mais
c'est sur le terrain que prend toute sa force et son sens la formation
reçue et à ce sujet, la liste des personnes, groupes
ou milieux qui, depuis 30 ans, ont profité ou profitent actuellement
du savoir-faire sexologique est impressionnante: les gens de tout
âge, sans restrictions, sont concernés par l'une ou
plusieurs des innombrables manifestations de la sexualité.
C'est sans surprise que les adolescents et les couples mais aussi
les personnes qui avancent en âge et les jeunes enfants, figurent
parmi les gens qui intéressent les sexologues. De la diversité
des âges naît la richesse et cette valeur universelle
s'exprime au mieux lorsqu'elle reçoit les cultures et c'est
pourquoi le programme ouvre ses portes à toutes les réalités
qui affirment leurs spécificités, leur unicité.
Inernationalisme
respectueux propre à l'institution universitaire ou simple
reconnaissance de l'aptitude qu'a la sexualité humaine à
surpasser les barrières, toujours est-il que des avis d'évaluateurs
externes indépendants saluaient encore récemment la
qualité générale du baccalauréat en
sexologie de l'UQAM, sans équivalent ailleurs dans le monde.
Nourris par ces appréciations mais demeurant conscients des
changements permanents s'opérant au sein de toute société,
des bonifications et des mise à jour, plusieurs aux accents
avant-gardistes, seront apportées dans les prochains mois
par l'équipe professorale en consultation avec les acteurs
du domaine. Toujours contingenté, le programme continuera
à répondre avec un maximum de pertinence et de souplesse
aux nouvelles problématiques sexuelles. Agissant en première
ligne dans les situations de crises ou proposant et mettant en ouvre
des projets d'interventions taillés sur mesure pour la diversité
des besoins issus de la sexualité, les sexologues continueront
encore d'être ces professionnels capables d'établir
les ponts entre les disciplines, comme ils le sont pour intégrer
chaque aspect de la personne sexuée. De l'hérédité
à la société, de la personne à l'histoire,
du plaisir au devoir, qui mieux que le sexologue peut offrir la
cohérence essentielle à la compréhension du
bien-être de l'humain tout entier dans ses désirs et
besoins d'être en relation totale ? La réponse des
milieux communautaires, du réseau de la santé et de
celui des affaires sociales du Québec est leur intégration
de plus en plus répandue du sexologue, passant outre les
préjugés et les images faciles à son endroit.
C'est
souvent comme stagiaires durant la formation dans un premier temps
mais aussi comme intervenant régulier par la suite que les
sexologues occupent l'espace professionnel. Signe indéniable
de leur importance là, la reconnaissance de leur intégration
dans le système professionnel québécois est
maintenant sur la table. L'arrivée de ce champ de pratique
ne peut être un caprice, trois décennies d'existence
et une progression puissante, la capacité d'ouvrir des créneaux
moins compris par d'autres ou même invisibles à leurs
yeux, le montre sans équivoque.
Les
années 2000 sont une porte ouverte sur de nouveaux horizons
pour la profession de sexologue. La sexualité est présente
dans chaque être humain et elle est présente à
tous les stades de sa vie. Ce qui nous permet de croire que la sexologie
sera vivante encore longtemps. Elle est constamment en changement
et si près de l'être humain qu'elle est liée
à son évolution et aux changements de la société.
Ainsi il nous est possible de croire qu'avec l'augmentation des
familles monoparentales et des familles reconstituées, le
sexologue-éducateur sera amené à travailler
avec une autre réalité et un système de valeurs
lié à la famille. De plus, le vieillissement de la
population est un phénomène social qui fera naître
une augmentation de la demande de sexologues-éducateurs appelés
à travailler auprès des personnes avancées
en âge. Plusieurs sujets tels que les rapports de groupe,
la solitude, l'estime de soi, la ménopause, l'effet des médicaments
sur la sexualité seront davantage explorés par ce
métier.
Il
est possible également de croire qu'avec l'accès à
l'information nous aurons besoins des sexologues éducateurs
pour protéger la population, mais particulièrement
nos enfants et nos adolescents, de la mauvaise information qui souvent
entraîne de fâcheuses conséquences sur la sexualité.
D'ailleurs, la sexologie a fait son entrée sur Internet,
entre autres grâce au site Web Élysa qui permet déjà
de répondre aux besoins sans cesse grandissants de la population
en matière d'information à la sexualité. Plusieurs
autres phénomènes sociaux pourront être des
moteurs de l'évolution de la profession. Nous pensons à
des exemples comme l'augmentation des grossesses non désirées
à l'adolescence, l'éventuelle découverte d'un
vaccin contre le sida, les probables changements dans le droits
liés à l'orientation sexuelle, la mécanisation
du corps par les médicaments, voire même le stress
sociétal sont tous des problématiques qui concernent
directement le sexologue.
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